Et si on parlait savon ? Depuis que Laetitia est venue s’installer chez nous, nous en avons appris long sur le sujet. Voici les réponses aux questions que nous nous sommes posées et qui vont certainement vous intéresser.

Le savon, c’est quoi ? Comment le fabrique-t-on ?

Avant tout, il est intéressant de se demander ce qu'est un savon. Comment est-il fabriqué ?

Eh bien avec seulement deux éléments ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Il faudra :

  • un acide gras : huile ou beurre ou graisse animale
  • une solution de soude caustique ou de potasse. C'est ce que l'on appelle la « base »
Ainsi, le mélange des deux ingrédients entraîne la fameuse saponification. À l'issue de celle-ci se forment de la pâte à savon et de la glycérine.

Nos savons artisanaux sont réalisés par saponification à froid (SAF). C'est-à-dire que l'acide gras et la base (solution de soude) ne sont pas chauffés, à peine montés en température pour faire fondre les beurres. Ils sont émulsionnés (mixeur, fouet pour les plus costauds) afin de lancer une réaction chimique, dont la chaleur naturelle, due au contact, produit du savon. C’est pour cela qu’on nomme cette méthode saponification à froid.

Le (vrai) savon de Marseille est lui fabriqué à chaud. L'acide gras et la base sont chauffés à cent degrés afin de provoquer plus rapidement la saponification. Ensuite, de l’eau salée est rajoutée, puis éliminée en partie pour extraire l'excédent de soude, les impuretés éventuelles et la glycérine.

En Malaisie et en Indonésie, de nombreux fabricants font du savon à chaud, pour le compte de « façonniers ». La raison principale à cela est la culture – importante – de l'huile de palme. Sinon on trouve, majoritairement, dans les savons industriels du sodium tallowate qui n’est autre que de la graisse animale. Ces fabricants retirent la glycérine de la pâte à savon, car elle peut être revendue bien plus chère et donc être valorisée dans d’autres cosmétiques ou d’autres industries, comme l’automobile pour la fabrication de lubrifiants. On vous explique plus loin, pourquoi c’est embêtant de ne plus avoir cette glycine dans son savon.

Les industriels du savon achètent des billes, des nouilles de savon (fabriquées à chaud), que l’on nomme bondillons. Ces bondillons sont introduits dans une machine : la boudineuse - cela ne s’invente pas - pour en faire sortir une belle savonnette au bout de la chaîne.

Pourquoi un savon artisanal coûte bien plus cher qu’un savon industriel ?

Face à l'industrialisation massive, il est difficile pour les petits artisans de tirer leur épingle du jeu et de rivaliser avec cette concurrence ardue pour une « simple » savonnette.

Voici les points clés :

Recherche et développement

C’est beaucoup plus long pour l’artisan. Fabriquer un savon SAF c’est en tout premier lieu inventer une recette. On étudie, on fabrique puis on attend 4 semaines avant de tester. La formule n’est pas idéale du premier coup ? On recommence ! On reformule, on re-fabrique et on attend de nouveau 4 semaines… Ainsi de suite, jusqu’à satisfaction.

À Marseille, les formules sont existantes depuis des siècles, donc seuls les nouveaux produits demandent de la recherche. Ces nouveaux produits sont des savons parfumés fabriqués à Marseille et non le savon de Marseille comme on l’entend depuis des décennies.

Pour les industriels qui mélangent leurs bondillons, pas de temps de séchage, ils obtiennent donc très vite un résultat.

Obligatoire en Europe, que vous soyez artisan ou industriel, tout cosmétique doit être évalué par un toxicologue interne ou externe.L’artisan fait appel à une personne externe et doit donc attendre son tour, en moyenne deux mois. Et devinez ce qui se passe quand on vous dit que votre formule n’est pas bonne ? On re-re-commence au tout début !

Ces coûts, présents en amont de la commercialisation, doivent être rentabilisés par la suite sur la production. Rentabilité beaucoup plus longue chez l’artisan que chez l’industriel.

Les matières premières

Elles sont beaucoup plus chères pour l’artisan. Si vous avez lu notre dernier article sur Rive Droite La Savonnerie, vous aurez appris que Laetitia, comme beaucoup d’artisans, travaille avec des matières premières nobles (olive, coco, karité) et issues de l'agriculture biologique. Alors qu'une savonnerie aux méthodes industrielles se fournira principalement avec des ingrédients beaucoup plus économiques comme l’huile de palme ou la graisse de bœuf.

Bien entendu vous trouverez aussi de l’huile d’olive dans des savons fabriqués industriellement. Ingrédient dont le tarif est négocié en milliers de tonnes par l’industriel, quand l’artisan se contentera de parlementer en litres. La charge des matières premières est donc fort différente entre les deux méthodes de fabrication (de quelques centimes par savon d’un côté, aux euros de l’autre).

La production

Elle est bien plus longue chez l’artisan. La savonnerie artisanale travail « à la main » (mélange, façonnage, découpage), ce qui n'est pas le cas de l'industrie qui mécanise toutes les opérations. En SAF, lorsque la préparation est prête, elle est coulée en moules. Lorsque le savon aura durci (généralement 24 heures après), viendra la découpe. Enfin, il faudra attendre 4 semaines pour que la cure (séchage) soit complète.

À Marseille, les délais sont variables. Une bonne semaine pour produire, car les chaudrons contiennent plusieurs tonnes d’huile à chauffer, qui sont ensuite coulées dans des bacs ou bassins afin que la pâte à savon durcisse. Puis, ils découpent des blocs de plusieurs dizaines de kilos qui sont ensuite redécoupés et séchés.

L’industriel insert des billes de savons (bondillons) dans une machine qui sort une savonnette toute belle à l’autre bout de la chaîne. Alors certes, la méthode artisanale bénéficie d'un investissement très réduit, puisqu'il n'y a pas de machine pour saponifier.

L’industriel doit investir dans un parc de machines qui peut être très important. Parc qui pourra fonctionner en permanence quand notre artisan ira dormir toutes les nuits (ou presque). Rappelons que la SAF requiert un temps de séchage d'un mois minimum (donc obligation d’avoir un espace approprié de séchage) ; a contrario, pas de temps de séchage en industriel. Le temps, n’est-il pas de l’argent ?

Enfin, il va de soi que la quantité produite est carrément différente entre l'artisan et l'industriel. Un artisan seul arrive à fabriquer quelques centaines de savons par semaine. Et il ne traîne pas sur les réseaux sociaux ! L’industriel lui, vous parlera en centaines ou milliers d’unités à la minute, assis dans son fauteuil, à étudier les cours de l’huile de palme.

Bon à savoir : les Français consomment plusieurs dizaines de millions de tonnes de savons par an, pourtant les artisans savonniers ont du mal à se sortir un salaire mensuel quand l’industrie de la cosmétique fait les grosses fortunes de notre monde.

L’emballage

L’emballage (contenant) joue une part importante dans le prix du savon. L’emballage en tant que tel doit être validé par le toxicologue. Que l’on parle de papier, carton, tissu ou… coque de noix de coco. Toute matière qui touchera le précieux savon devra montrer patte blanche.

L’emballage (action) chez l’artisan est très souvent manuel. Et pour avoir observé Laetitia faire, on peut vous dire que c’est sacrément long. L’étiquette d’un savon mentionne son poids au moment de son emballage. Poids qui a été officiellement déclaré. Vous pouvez donner plus, mais pas moins.

Une fabrication industrielle permet une constance dans ce domaine, tous les savons étant identiques. L’artisan qui a fabriqué son savon en pain de plusieurs kilos, qu’il a découpé à la main, devra contrôler le poids de chacun de ses savons. Oui ! Chaque savon va à la pesée ! En effet, un savon SAF perd du poids entre le moment où il est découpé et le moment où il est emballé. Le savonnier devra vérifier qu’il a bien découpé son savon plus gros, afin que celui-ci soit assez lourd pour être emballé au poids convenu. Si vous vous dîtes, ça alors ! sachez que nous aussi, nous avons été étonnées de toutes ces contraintes et de toutes les pertes que cela peut entraîner...

Qu’apporte un savon artisanal à ma peau ?

Un savon, peu importe sa méthode de fabrication, est un détergent. Il va donc éliminer tout ce qui se trouve à la surface de votre peau y compris le sébum qu’elle produit naturellement pour se protéger.

La glycérine toujours présente dans un savon SAF va permettre à votre peau de garder son humidité naturelle et donc de garder son élasticité (on parle d’hydratation de la peau alors qu’en réalité on préserve son eau !). De plus, ces savons sont en général « surgras », c'est-à-dire que toutes les huiles n’ont pas été transformées en savon. Ce surplus d’huile dépose un film gras protecteur sur votre peau (on dit alors que la peau est nourrie). Ces deux éléments combinés réduisent ainsi drastiquement l’effet de tiraillement que l’on ressent après lavage et qui disparaîtra plus rapidement quand la peau aura reproduit son sébum.

Donc, si tout le monde a bien fait son travail, vous pourriez éliminer vos crèmes « hydratantes ». Ce n’est pas une bonne nouvelle pour votre porte-monnaie ?

Des savons SAF, il en existe pour tous types de peaux, ainsi que pour les femmes enceintes, les bébés, les peaux acnéiques, les peaux sensibles, etc. Toutefois, peu d’artisans mettront en avant ces précisions, car la réglementation oblige toute une batterie de tests onéreux (en centaines ou milliers d’euros) pour pouvoir prétendre à ces précisions dites « allégations ».

En conclusion : un savon artisanal cache bien son jeu !

Comment faire la différence entre un savon artisanal et un savon industriel ?

Au niveau de l’étiquette : si vous parlez latin, cela pourrait vous servir :) En effet, il est monnaie courante, que les savons artisanaux aient la liste des ingrédients écrite en latin (car c’est le nom latin des plantes qui doit être inscrit). Si ce n'est pas le cas, ne fuyez pas tout de suite, mais restez sur vos gardes ! Cela a de fortes chances de vouloir dire que vous avez entre les mains un produit issu de l'industrie (personne n’a donné de nom latin à des matières fabriquées par l’homme).

Mais si tout était aussi simple, cela se saurait et nous ne serions pas tous paumés. Car, afin de faciliter la compréhension des étiquettes, beaucoup de savonniers inscrivent la composition également en français. Eh oui, qui parle latin encore de nos jours ? Donc, la règle : latin = naturel (nom des plantes) et autre = industriel et à prendre avec des pincettes.

Il faut donc suivre d’autres pistes : vérifier que le terme « glycerin » figure sur les étiquettes. Mais… Gardez toujours en tête que les industriels peuvent rajouter une pichenette de glycérine en fin de procédé.

Si vous trouvez du chlorure de sodium (sel), il y a des chances que votre savon soit industriel (sauf si c’est un SAF au sel de mer par exemple ou un véritable savon de Marseille !). Bref, ce n’est vraiment pas simple.

Un artisan savonnier mentionnera souvent que son produit est fait main sur son étiquette. Certains rajoutent la mention SAF (saponifié à froid).

Il vous faudra donc étudier tous ces aspects pour déterminer si votre savon est artisanal ou pas. Et surtout, ne vous fiez pas au lieu de vente. Les 4 savons pour 10 euros vendus sur des étales de marchés ont peu de chance de venir d’une production artisanale. Un savon à 1 ou 2 euros est industriel.

Notre petite astuce : si votre savon n’a pas une forme parfaite, vous avez toutes les chances de tomber sur un savon artisanal (un peu comme les légumes moches du maraîcher).

Pourquoi un savon artisanal fond plus vite qu’un savon industriel ?

Si vous êtes en pleine transition, vous devez penser : « Oui, enfin d'accord, mais les savons artisanaux que j'ai testés fondent très vite, du coup, ce n'est pas super rentable ». Et vous avez totalement raison.

Les savons artisanaux sont souvent « surgras » : une partie des corps gras sont non saponifiés. Cette huile non saponifiée fond plus vite au contact de l'eau, ce qui n'est pas le cas des savons industriels, car ils en sont dépourvus. So what ? Il est impératif de garder votre savon à l’abri de l’eau quand vous avez fini de vous frotter. Et chez Nos Mondes Alternatifs, nous avons un chouchou, le porte-savon aimanté, sans vis ni colle.

Faute de quoi, votre savon fondra comme neige au soleil. Pas de miracle. On le répète : pas de miracle.

Au niveau social, pourquoi un savon artisanal est avantageux ?

Tout simplement parce qu'en soutenant l'artisan vous soutenez une économie locale. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous faites probablement travailler un voisin. En Gironde, nous comptons plus d’une vingtaine de savonneries artisanales.

La pâte à savon est pour beaucoup fabriquée à l’étranger en raison de la proximité des matières premières et du coût de la main-d’œuvre. Ces bondillons sont achetés par des façonniers français pour faire des savonnettes. Ces savonnettes seront revendues en masse aussi bien dans l’hexagone que dans le reste du monde. Et oui, la France est un grand pays exportateur de cosmétiques. Ils produisent pour de nombreuses marques pour qui ils ont, soit développés une formule soit revendus une formule interne. Par déduction, vous l’aurez compris, une même formule peut servir pour plusieurs marques.

En faisant le choix du savon artisanal, vous :

  • faites du bien à votre peau,
  • soutenez une économie locale,
  • participez au bien-être de la planète,

Alors, on saute le pas ?