Nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers une consommation dite raisonnée et pour les plus impliqués d’entre nous, vers du minimaliste nommé « zéro déchet » (ZD). Même si la première règle du ZD est de refuser tout ce dont nous n’avons pas réellement besoin, l’action la plus courante et la plus facile à mettre en place est d’éviter les achats emballés. Ainsi, le consom’acteur ne récupère que le produit et non son packaging, qui fini direct dans une poubelle (recyclé ou pas !).

 Au niveau du secteur des produits d’hygiène, la tendance ZD a encouragé le développement des cosmétiques solides que ce soit par des professionnels ou en DIY (cette dernière n’est pas à négliger). Les cosmétiques solides sont naturellement présents dans toutes les chaumières ZD. Ils sont souvent revendus dans des magasins de vrac, des enseignes bio, sur des marchés ou sur internet. Et maintenant, ils arrivent d’un peu partout et se retrouvent aussi sur les gondoles des grandes surfaces. C’est là que nous avons commencé à nous poser des questions, ici dans nos bureaux... Il ne faudrait pas qu’on embrouille ceux qui essayent de bien consommer !

D’où ça vient cette idée de cosmétiques solides ?

Les « savonniers » sont là depuis longtemps, mais les utilisateurs ont vite jeté la savonnette aux oubliettes, lui préférant le gel douche et le shampoing en flacon plastique. Le tout, très largement distribué dans les supermarchés. Bien que les secteurs de la cosmétique et de l’hygiène corporelle pèsent lourd dans la production d’emballages plastiques et cartons (en milliards d’unités chaque année), les grands acteurs connus n’ont pas initié de changement et ce sont de toutes petites entreprises qui se sont penchées sur le problème… 

Depuis une petite dizaine d’années (re)naissent sur le marché le savon saponifié à froid et des produits en dur créés par des petits fabricants. Mais, reniflant le filon, les multinationales ont ouvert leur laboratoire et s’y sont mises ! Voilà que déboulent shampoings, dentifrices et déodorants solides en pagaille et sans contenant. Enfin pas tout à fait sans…

La question de l’emballage…

Il faut savoir que vous devez TOUJOURS pouvoir prendre connaissance de la liste des ingrédients d’un cosmétique. Si sur un marché vous ne voyez pas une affiche avec la composition du joli savon en vrac qui a attiré votre attention, sous la forme précise d’une liste INCI (nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques) : méfiance

Fabrication artisanale, oui, mais tambouille petit chimiste du dimanche, non.

Et n’oubliez pas que tous les vendeurs de savon sur les marchés ne sont pas artisans, attention à la fabrication industrielle faisant croire à une fabrication artisanale.

Même chose sur internet ! Il est sage, quand vous surfez sur les marketplaces ou petits sites indépendants de chercher si la liste INCI est bien là. Le net est soumis aux mêmes obligations.

Cette obligation d’information oblige donc à quasi vendre sous emballage ! Au mieux, juste avec une étiquette/ ruban  papier, sinon une boîte en carton ou un sachet en bioplastique, et dans le pire des cas, dans un emballage plastique (retour à la case départ…)

Comment s’y retrouver dans tous les cosmétiques solides qu’on vous propose ?

Rappelons que les produits d’hygiène, comme le savon pour le corps, le gel douche, le shampoing, le dentifrice, le déodorant, sont classés dans la méga-supra catégorie des cosmétiques. Eh oui, comme les produits d’embellissement, le maquillage, le vernis à ongles, les laques et le parfum. Ceci a une importance cruciale, car ce n’est pas pareil selon les pays : la réglementation diffère d’un lieu de fabrication à un autre. En Europe, elle est draconienne, y compris pour une savonnette.

À titre d’exemple chez nous, on ne peut pas proposer un produit cosmétique qui pourrait être confondu avec de la nourriture. Aux USA, autant vous dire qu’ils s’éclatent avec des savons en forme de cupcake.

Normalement, un produit entrant dans cette catégorie, mais fabriqué hors de l’Europe doit répondre à notre législation. Je dis bien normalement. Avec la mondialisation et les produits qui circulent en un claquement de doigts, rien n’est plus sûr. Donc pouvoir lire la liste INCI et le lieu de fabrication de votre produit est une piste utile.

Tous les cosmétiques solides sont-ils bons pour nous et la planète ? Comment choisir mon cosmétique solide ?

La problématique de la cosmétique solide est de proposer un produit en dur qui ne va pas se liquéfier au contact de l’eau.

Nous avons rencontré deux grandes méthodes de fabrications :

  • La fabrication par saponification, à froid ou à chaud
  • La fabrication par mélange de tensioactifs (agents nettoyants, moussants) sous forme de poudre ou billes et d’ingrédients divers, comme des huiles, beurres, macéras, argiles, poudres de fleurs, mais aussi des cochonneries (substances issues de la pétrochimie entre autres).

 

À l’inverse des produits industriels liquides, dont l’eau est souvent l’ingrédient le plus important, les cosmétiques solides ont une grande concentration de principes actifs. Il est bon de les regarder de près.

Pas mal de petits créateurs en place depuis quelques années, fabriquent des produits selon une certaine éthique : pas ou peu d’emballage ainsi que des matières premières naturelles (huiles, beurres, cires) ou issues de matières premières naturelles (certains tensioactifs). Ces composants ne sont pas toujours d’origine bio, mais ces petits producteurs ont une grande tendance à réduire le nombre d’ingrédients dans leurs formules et à éliminer tout ce qui est controversé. Exit sulfates, silicones, et autres trucs sortis des éprouvettes que vous retrouverez souvent dans les productions industrielles, malheureusement.

Voici sur l'un de nos produits les informations à trouver sur l'étiquette

Nous avons listé quelques points à étudier pour vous aider dans votre choix (liste non exhaustive)

  • Les tensioactifs (agents nettoyants, moussants) sont soit :

o   d’origine chimique (de la pétrochimie)

o   d’origine végétale où

o   les deux...

...mais cela n’est pas précisé sur l’étiquette de votre produit. Les tensioactifs sont très nombreux, mais assez peu à être « catégorisés » comme doux. Certains « pouvant » être agressifs pour la peau. Pour se simplifier la vie, il est sans doute judicieux d’éviter ceux dont le nom contient le terme sulfate ou sulfosuccinate pour éviter les irritations et ceux avec « propyl » quelque part, car issus à 100% de la pétrochimie.

La problématique de l’odeur, deux grands choix :

o   Le parfum de synthèse, non naturel, durable et étonnant, avec la reproduction du parfum de la forêt ou de la mer…

o   Les huiles essentielles, naturelles, mais volatiles, donc à durée limitée. Elles demandent beaucoup de matière première pour fabriquer la concentration et enfin elles ne sont pas biodégradables. Elles coûtent cher et augmentent le prix des cosmétiques.

Attention dans les deux cas aux allergènes.

=> Il est sans doute mieux de ne plus chercher absolument un produit parfumé. Pensez qu’entre votre shampoing, votre savon, votre déodorant et votre parfum, vous débordez d’odeurs et des allergènes qui vont avec.

D’où débarquent ces nouveaux cosmétiques ?

D’un peu partout ! Par exemple, les marketsplaces regorgent de petits shampoings ronds multicolores à 2 euros qui viennent d’Asie. Mais pas seulement, nous avons été contactés par des producteurs français de Saint Barthélémy et d’autres de Nouvelle-Zélande...

Cela va de soi, si vous souhaitez mieux faire, il est préférable d’opter pour un produit fabriqué près de chez vous. Le prix peut vous guider. Un tarif trop bas sera difficilement assimilable à une production européenne artisanale. Dans tous les cas, regardez le lieu de fabrication et s’il n’est pas mentionné, passez votre chemin…

Ci-contre l'analyse de l'étiquette d'un produit fabriqué en Chine, vendu dans une boite avec une adresse allemande sur une marketplace en France.

La fonction du produit et les précautions d'emploi sont en anglais au lieu d'être en français.

Le poids affiché doit être exact ou supérieur à la mention indiquée au moment de l'emballage, mais il ne peut être approximatif avec des +/-

Les fabriquer soi-même, est-ce la solution ?

Oui, mais le DIY en cosmétique peut être dangereux… Beaucoup de monde se lance dans la production maison. Si le côté ludique est sympa, et les économies approuvées, il y a tout de même de plus en plus d’accidents… soit par une mauvaise manipulation de certains ingrédients comme la soude qui brûle, du tensioactif SCI qui irrite et des huiles essentielles qui sont pourvues d’allergènes...

On y ajoute la méconnaissance des pratiques d’hygiène ou des moyens de conservation, et des mélanges d’un petit peu de tout par petites pincées sans savoir qu’on se fabrique des cocktails avec l’option cancérigène à la longue…

Pourtant, on aura scrupuleusement suivi des formules trouvées sur internet… Mais ces formules ont elles été validées par un toxicologue ? Car oui, c’est obligatoire.

Chez nous, Sophie à beau être auteure, capable de vous écrire un roman de recettes beautés, ce sont uniquement les formules de Laetitia qui sont validées légalement !

La prudence est donc de mise !

Mais dans un objectif zéro déchet, n’est il pas plus polluant d’acheter tous ses ingrédients, en partie emballés dans du plastique, pour faire soi-même quelques grammes de produits plutôt que d’acheter à l’artisan qui se fournit en gros.

Comme toujours, pas si facile de s’y retrouver. En résumé, il faut garder l’œil ouvert : choisir un emballage minimaliste, regarder la liste des ingrédients et privilégier un lieu de fabrication local. Avec ces trois clés, vous devriez faire de meilleurs choix. Courage !